Amélie Mansfield

[Volume I, pp. 80 - 81]

LETTRE V.



M. Grandson, à Amélie Mansfield.


Bellinzona, 22 Mai.

[p. 80] Je vous avais écrit, ma chère nièce, que j'étais disposé à vous aimer, et que je voulais vous faire du bien; mais depuis que j'ai lu le récit que vous m'avez adressé, tout mon coeur vous est dévoué, et je ne respire plus qu'après votre arrivée. Venez, hâtez-vous, ma chère nièce, quittez une famille ingrate, oubliez un pays où vous fûtes si malheureuse, n'emportez d'autre souvenir que celui de votre frère. Voilà un digne homme! Nous en parlerons souvent, vous reviendrez tant qu'il vous plaira sur ce sujet, je vous écouterai toujours avec plaisir; c'est une chose si belle et si rare que la bonté, qon' ne doit jamais se lasser de s'en entretenir.

Ce Mansfield était un étourdi, un mauvais sujet, indigne du bien que vous lui avez accordé, et qui ne mérite [p. 81] pas que vous pleuriez encore sa perte. A votre âge, ma chère Amélie, on peut tout espérer de l'avenir: le tems efface bien des peines qu'on croyait éternelles, et vous serez encore jeune, que vous aurez oublié les vôtres; le ciel est juste, et il vous donnera enfin le bonheur que vous méritez à tant de titres. Que savons-nous? il vous attend peut-être dans nos montagnes? Si je puis vous le procurer, ma chère nièce, il ne me restera plus de désirs à former; et en vous voyant heureuse, le soir de ma vie me semblera préférable aux bruyans plaisirs de ma jeunesse.

J'ai instruit tous mes amis, tous mes gens, que la maîtresse de ma maison allait arriver; cette nouvelle a causé une allégresse générale, et ce sera un jour de fête que celui où vous entrerez chez moi: il le sera surtout pour le coeur de votre pauvre oncle, qui palpite de joie à l'idée de vous voir et qui vous attend avec la tendre impatience d'un père.


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Page Last Updated 13 January 2004